Qubilah et malcolm x

Qubilah Shabazz : La fille de Malcolm X piégée par le FBI

Sommaire

Introduction

Elle avait quatre ans quand elle a vu son père s’effondrer sous les balles. Elle avait trente-quatre ans quand le FBI l’a accusée d’avoir voulu en tuer un autre.

Qubilah Bahiyah Shabazz — deuxième fille de Malcolm X et Betty Shabazz — est peut-être la fille dont la vie illustre le mieux la blessure profonde et durable qu’a laissée l’assassinat du 21 février 1965.

Son histoire est celle d’une femme brisée par un trauma d’enfance, prise dans le piège d’un informateur du FBI, et dont le fils — prénommé Malcolm — allait lui-même devenir l’acteur d’un drame encore plus déchirant.

Un prénom inspiré de Kubla Khan

qubilah et Attalah

Qubilah Shabazz naît le 25 décembre 1960 — jour de Noël. Un détail que son père Malcolm X aimait rappeler avec fierté.

Une particularité remarquable : son parrain est Gordon Parks — le légendaire photographe et cinéaste afro-américain, l’un des artistes noirs les plus influents du XXe siècle. Un lien qui illustre le cercle élitiste militant dans lequel évoluait la famille Malcolm X.

Qubilah Shabazz naître le 25 décembre 1960 — jour de Noël — à New York. Son prénom est inspiré de Kubla Khan, l’empereur mongol du XIIIe siècle — un choix qui révèle l’esprit de Malcolm X, toujours en train d’étudier l’histoire mondiale des peuples non blancs.

C’est elle qui, le 14 février 1965, réveille ses parents en pleine nuit avec ses cris — la maison familiale était en feu, incendiée criminellement. Elle avait quatre ans. Une semaine plus tard, elle assiste à l’assassinat de son père à l’Audubon Ballroom.

Une conversion surprenante — du Quakerisme à Paris

L’adolescence de Qubilah révèle une âme en quête. Elle fréquente enfant un camp d’été quaker à Vermont appelé « Farm and Wilderness ». À 11 ans, elle se convertit au Quakerisme, abandonnant l’Islam — la religion de son père. Une décision qui dit beaucoup sur son besoin de trouver sa propre voie, loin de l’ombre écrasante du nom qu’elle porte.

Une enfance à l'ombre de son nom

betty et quabilah shabazz

L’adolescence de Qubilah est marquée par une profonde ambivalence envers son héritage. Elle fréquente l’United Nations International School de Manhattan, une école d’élite — mais selon Newsweek, elle y était « la fille noire invisible, assise tranquillement dans les escaliers de derriere, espérant que personne ne remarquerait qu’elle était la fille de Malcolm X ».

Après le lycée, elle s’inscrit à Princeton University — mais se sent à l’écart. Les étudiants blancs la fuient, les étudiants noirs lui reprochent son manque d’engagement politique. Elle part après deux semestres.

Paris, la Sorbonne et un fils nommé Malcolm

sorbonne

Qubilah s’envole pour Paris, où elle étudie à la Sorbonne et travaille comme traductrice. Elle y rencontre un homme algérien, L.A. Bouasba, avec qui elle a un fils en 1984 : Malcolm Latif Shabazz — prénommé en hommage à son grand-père.

La relation se termine, Qubilah rentre seule aux États-Unis avec son fils. Elle s’installe à Los Angeles, puis New York, enchaînant les petits emplois : serveuse, télémarqueting, correctrice dans un cabinet juridique. Elle commence à boire. Sa mère Betty et ses sœurs s’occupent souvent du petit Malcolm pendant qu’elle cherche sa voie.

L'obsession Farrakhan — et le piège du FBI

Au début des années 1990, Qubilah développe une obssession croissante envers Louis Farrakhan, le leader de la Nation of Islam.

Sa mère Betty avait déclaré publiquement en 1994 : « Bien sûr, Farrakhan a eu quelque chose à faire avec la mort de Malcolm. Ce n’était un secret pour personne. C’était une manière d’être honoré. » Qubilah partageait cette conviction, et avait en plus peur que Farrakhan ne s’en prenne aussi à sa mère.

L'été 1994 — le coup de téléphone fatal

Qubilah contacte Michael Fitzpatrick — un ancien camarade de lycée qu’elle connaissait à peine — et lui demande de tuer Farrakhan. Ce qu’elle ne sait pas : Fitzpatrick vient d’être arrêté pour possession de drogue et travaille comme informateur du FBI.

Fitzpatrick commence à enregistrer toutes leurs conversations. Il joue la séduction : il laisse le fils de Qubilah, Malcolm, l’appeler « papa ». Il lui propose même le mariage. Qubilah, vulnuble et isolée, croit à une vraie relation.

En septembre 1994, elle déménage à Minneapolis où vit Fitzpatrick, avec son fils Malcolm de 10 ans. Elle lui remet 250 dollars. Puis Fitzpatrick disparait.

12 janvier 1995 — l'arrestation

arrestation qubilah

Qubilah Shabazz est inculpée par un grand jury fédéral pour neuf chefs d’accusation : utilisation du téléphone et franchissement de frontières d’État dans le cadre d’un complot de meurtre à gages.

Elle se rend volontairement aux autorités.

Le retournement de situation — Farrakhan défend Qubilah

L’affaire prend une tournure extraordinaire. Farrakhan lui-même prend la défense de Qubilah, disant qu’il l’avait tenue dans ses bras bébé. Il suggère que le FBI a monté un piège pour discréditer la Nation of Islam.

Betty Shabazz et Farrakhan partagent même la scène de l’Apollo Theater lors d’un événement de soutien à Qubilah — une réconciliation spectaculaire entre deux ennemis jureux. Près de 250 000 dollars sont récoltés ce soir-là pour la défense.

Les enregistrements révèlent en fait que Qubilah était hésitante et réticente tout au long du processus — un signe clair de provocation de la part de Fitzpatrick. Son équipe de défense argumente l’entrapment — le piège tendu par le FBI.

L'accord de plaidoyer

farrakhan qubilah

Si condamnée, Qubilah risquait 90 ans de prison et plus de 2 millions de dollars d’amende. Face à cette perspective, elle accepte un accord : elle admet sa responsabilité sans plaider coupable. Elle doit suivre deux ans de counseling psychiatrique et de traitement pour l’addiction à l’alcool pour éviter la prison.

Son fils Malcolm, 10 ans, est envoyé vivre chez sa grand-mère Betty à Yonkers.

La tragédie dans la tragédie — son fils Malcolm

Qubilah pensait que son fils serait en sécurité chez Betty. C’est là que s’est produit le drame le plus déchirant.

Le 1er juin 1997, alors que Qubilah est encore en traitement à San Antonio, son fils Malcolm Latif Shabazz, 12 ans, met le feu à l’appartement de sa grand-mère Betty. Betty Shabazz, brülée à 80% du corps, décède le 23 juin 1997.

Malcolm Latif Shabazz est condamné à 18 mois de détention pour mineurs. Il exprimera plus tard ses profonds remords.

Mais l’histoire de Malcolm Latif ne s’arrête pas là. Après sa libération, il tente de reconstruire sa vie, parcourt le monde, participe à des conférences. Il est assassiné au Mexique le 9 mai 2013, à 28 ans.

Le petit-fils de Malcolm X, fils de Qubilah, tombe à son tour sous les coups de la violence — à l’âge même auquel son grand-père commençait sa vie publique.

Qubilah aujourd'hui — une vie retirée

qubilah shabazz

Après toutes ces épreuves, Qubilah Shabazz a choisi la discrétion. Elle vit retirée du monde public, loin des caméras.

En 2020, elle réapparaît brièvement dans Essence pour parler de son père :

« Les gens disaient que Malcolm était en colère, qu’il était violent. Aujourd’hui, nous pouvons voir qu’il avait simplement une réaction profonde à l’injustice. »

Conclusion — Une vie sous le poids de l'histoire

Qubilah Shabazz n’a pas choisi d’être la fille de Malcolm X. Comme ses sœurs, elle a hérité d’un nom qui la dépassait, d’un trauma qui ne la quittait pas, et d’un système — le même FBI qui avait surveillé son père — qui semblait la poursuivre.

Son histoire est un miroir brutal de ce que l’assassinat de Malcolm X a fait à sa famille : pas seulement une mort, mais des décénnies de blessures en chaîne.

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