
Il y a des destins qui commencent dans la tragédie avant même d’avoir commencé.
Malikah Shabazz n’a jamais connu son père. Elle est venue au monde quelques mois après que Malcolm X a été assassiné de 21 balles à l’Audubon Ballroom, à New York. Sa mère, Betty Shabazz, était enceinte de ses deux dernières filles ce 21 février 1965 quand tout s’est arrêté.
Malikah et sa sœur jumelle Malaak sont les seules enfants de Malcolm X qui sont nées après son assassinat. Elles portent dans leur existence même tout le poids de cette injustice.
Cette histoire est celle de Malikah — une vie marquée par la perte, la résilience, et un combat pour la justice qui ne s’est jamais arrêté.
Le 21 février 1965, Betty Shabazz est dans la salle de l’Audubon Ballroom avec ses quatre filles aînées quand des coups de feu éclatent. Son mari, Malcolm X, s’effondre sur scène. Elle est enceinte de plusieurs mois.
Quelques mois plus tard, deux petites filles viennent au monde : Malikah et Malaak Shabazz. Leurs prénoms sont directement inspirés de leur père — Malik étant le nom arabe qu’il avait adopté, El-Hajj Malik El-Shabazz.
Il n’y a pas d’image plus poignante dans toute cette histoire : deux enfants qui portent le nom de leur père sans l’avoir jamais rencontré.
Malikah n’est pas que la jumelle discrète. Son parcours révèle une femme d’une grande rigueur intellectuelle.
Après le lycée, elle étudie l’architecture — une discipline créative et technique qui réflète sa vision d’un monde à (re)construire.
Elle obtient par la suite :
Elle fonde la National Organization of African Students in America (NOASA) — une organisation de mentorat offrant soutien et accompagnement aux étudiants africains du lycée à l’université pour s’adapter à la société multiculturelle américaine.
En 1993, elle intervient à l’Université de San Diego pour parler de l’héritage de son père.
En janvier 1998, un an après la mort de sa mère Betty, elle donne naissance à sa fille Bettih-Bahiyah Shabazz — un prénom en hommage direct à sa grand-mère.
Contrairement à ses sœurs plus âgées comme Attallah (actrice et diplomate) ou Ilyasah (auteure et professeure), Malikah a choisi une vie plus discrète.
Elle s’est installée dans le quartier de Midwood, Brooklyn, où elle vivait avec sa fille Bettih-Bahiyah Shabazz — une fille qu’elle a nommée en hommage à sa mère Betty.
Malikah a toujours été engagée dans la défense des droits civiques et des droits humains, souvent aux côtés de sa sœur jumelle Malaak, mais loin des projecteurs médiatiques.
L’un des actes les plus importants de la vie de Malikah Shabazz a été de rejoindre ses sœurs dans un procès historique contre les institutions américaines.
Le 15 novembre 2024, trois filles de Malcolm X — dont Malikah, Malaak et Gamilah — ainsi que la succession de Malcolm X, ont déposé une plainte de 100 millions de dollars devant le tribunal fédéral de Manhattan contre :
La plainte accuse ces agences d’avoir orchestré, facilité et dissimulé leur rôle dans l’assassinat de Malcolm X en 1965.
L’avocat Ben Crump — connu pour avoir représenté la famille de George Floyd — a pris en charge le dossier. Lors de la conférence de presse, il déclare :
« Les empreintes digitales du gouvernement sont partout sur l’assassinat… et nous pensons finalement avoir les preuves pour le démontrer. »
La plainte détaille notamment :
« Elles ne savaient pas qui avait assassiné Malcolm X, pourquoi il avait été assassiné, le niveau d’implication du NYPD, du FBI et de la CIA, ni qui avaient fraudé pour couvrir leur rôle », énonce la plainte.
Le procès de 2024 prend racine dans un événement majeur survenu en 2021 : l’exonération de deux hommes condamnés pour l’assassinat de Malcolm X.
Muhammad Aziz et Khalil Islam (décédé en 2009) avaient toujours crié leur innocence. Après avoir purgé plus de 20 ans de prison chacun, un juge de Manhattan a finalement annulé leurs condamnations le 18 novembre 2021, après qu’une nouvelle enquête a révélé que des preuves avaient été dissimulées.
La famille Shabazz avait accueilli cette décision avec soulèvement — mais aussi avec une douleur renouvelée : si ces hommes étaient innocents, qui étaient les vrais coupables ?
Ironiquement cruel : Malikah Shabazz est décédée le 22 novembre 2021, exactement 4 jours après l’audience d’exonération du 18 novembre, sans avoir vu la suite de ce combat pour la justice.
Le 22 novembre 2021, la fille de Malikah, Bettih-Bahiyah Shabazz, rentre chez elle au 28th Street dans Midwood, Brooklyn, et trouve sa mère inconsciente. Elle appelle les secours, mais les policiers arrivés sur place la trouvent sans vie.
Malikah Shabazz avait 56 ans.
Le médecin légiste de New York conclut à une mort naturelle de cause indéterminée, sans suspicion de crime.
La réaction de Bernice King, fille de Martin Luther King Jr., résume le sentiment général :
« Je suis profondément attristée par la mort de Malikah Shabazz. Mon cœur va vers sa famille, les descendants de Betty Shabazz et Malcolm X. Betty Shabazz était enceinte de Malikah et de sa sœur jumelle Malaak quand Malcolm a été assassiné. Repose en paix, Malikah. »
Une vie qui avait commencé dans la mort de son père, et qui s’est terminée quatre jours après que justice a partiellement été rendue.
Malikah est survie par sa fille Bettih-Bahiyah Shabazz, qui porte en elle trois générations de résilience : la petit-fille de Malcolm X et Betty Shabazz, la fille de Malikah.
Sa sœur jumelle Malaak Shabazz continue le combat engagé ensemble, notamment à travers le procès de 100 millions de dollars et ses engagements à l’ONU comme co-présidente du sous-comité pour l’élimination du racisme.
Malikah Shabazz n’a jamais connu son père. Elle a perdu sa mère en 1997. Elle est morte à 56 ans, quatre jours seulement après que deux hommes innocents ont été enfin exonérés pour un crime qu’ils n’avaient pas commis.
Mais elle aura contribué, avec ses sœurs, à lancer le procès qui pourrait enfin révéler toute la vérité sur l’assassinat de Malcolm X.
Son histoire est celle de toute la famille Shabazz : une famille qui a tout perdu, et qui n’a jamais cessé de se battre.