Malaak Shabazz

Malaak Shabazz : La fille de Malcolm X qui porte son combat à l’ONU

Sommaire

Introduction

Elle n’a jamais connu son père. Elle est née après sa mort. Et pourtant, elle est peut-être la fille qui a le plus concrétement continué sa vision : internationaliser la lutte contre le racisme, porter la cause des Noirs devant les institutions mondiales.

Malaak Shabazz — fille la plus cadette de Malcolm X et Betty Shabazz, jumelle de la regrettée Malikah — représente les ONG auprès des Nations Unies depuis 29 ans.

Là où son père voulait porter la cause noire américaine devant l’ONU — un projet que ses contemporains du mouvement des droits civiques n’ont jamais osé faire — sa fille l’a réellement accompli.

Contrairement à sa jumelle Malikah qui avait choisi une vie discrète à Brooklyn, Malaak a choisi la scène internationale. Paris, Nantes, São Paulo, Genève, Istanbul… Elle est sans conteste la plus visible des deux jumelles — et l’une des plus actives des six sœurs.

Née après la mort, portée par le nom

betty x et les jumelles

Malaak Shabazz naît le 30 septembre 1965 — sept mois après l’assassinat de son père. Elle est la cadette absolue des six filles : selon le livre Betty Shabazz: Surviving Malcolm X, Malikah est née en première, Malaak en seconde — faisant d’elle la toute dernière née de Malcolm X. — sept mois après l’assassinat de son père. Avec sa sœur jumelle Malikah, elles sont les deux seules filles de Malcolm X qui n’ont jamais connu leur père autrement que par les récits de leur mère et de leurs sœurs aînées.

Leur prénom est un hommage direct : Malik étant le nom arabe de Malcolm X (El-Hajj Malik El-Shabazz). Malikah et Malaak portent littéralement le nom de leur père dans le leur.

Betty Shabazz, enceinte de sept mois lorsque Malcolm est assassiné le 21 février 1965, élèvera seule ses six filles avec une conviction : l’éducation et la dignité avant tout.

Une éducation scientifique — biochimie

Contrairement à ses sœurs qui ont choisi les arts, la littérature ou la mode, Malaak se tourne vers les sciences. Elle étudie la biochimie — un choix qui dit quelque chose de son espèce de rigueur, de son refus du simplisme face à la complexité du monde.

Cette formation scientifique n’empêchera pas son engagement militant — au contraire, elle lui donnera la rigueur analytique qu’elle appliquera ensuite aux droits humains.

29 ans à l'ONU — la fille qui a accompli le rêve de son père

Malcolm X avait une vision claire : la lutte des Noirs américains devait être portée devant les Nations Unies comme une question de droits humains, pas seulement de droits civiques. Dans ses discours, il dénonçait l’incapacité des leaders noirs à franchir ce pas.

Sa fille Malaak l’a franchis.

Malaak Shabazz est représentante des ONG auprès des Nations Unies depuis 29 ans. Elle a occupé le poste de Co-Présidente du Sous-Comité de l’ONU pour l’Élimination du Racisme et des autres formes de Discrimination — l’une des positions les plus directement liées au combat de son père.

Ses spécialités à l’ONU :

  • Décolonisation et élimination du racisme avec emphasis sur la situation des jeunes filles
  • Éradication des violences faites aux femmes dans les conflits armés et les catastrophes climatiques
  • Droits des personnes d’ascendance africaine

Elle a notamment participé à la 16e Session du Groupe de Travail sur les Personnes d’Ascendance Africaine à Genève — exactement le type de forum que son père appelait de ses vœux.

Une présence internationale — Paris, Nantes, São Paulo, Genève

Malaak est véritablement une militante internationale — peut-être la plus itinante des six sœurs.

La Marche des Esclaves de Nantes — mai 2011

Malaak Shabazz - la marche des esclaves

En mai 2011, Malaak Shabazz traverse l’Atlantique pour participer à l’un des événements les plus symboliques de la mémoire de l’esclavage en France : La Marche des Esclaves de Nantes.

Nantes, ville portuaire de l’ouest de la France, fut l’un des plus grands ports négriers d’Europe. Entre 1707 et 1830, plus de 1 700 expéditions négrières sont parties de ses quais, transportant plus de 550 000 Africains vers les colonies des Antilles et d’Amérique. Aujourd’hui, la ville abrite le Mémorial de l’Abolition de l’Esclavage — le seul en France.

La Marche des Esclaves est organisée chaque année dans le cadre de la Journée nationale de Mémoire de la traite négrière — instituée par la loi Taubira du 10 mai 2001, qui reconnaît la traite négrière et l’esclavage comme crime contre l’humanité. La marche symbolise le passage « de l’Ombre vers la Lumière », re-traçant le chemin des esclaves depuis la préfecture jusqu’au Palais de Justice.

Le 5 mai 2011, trois jours avant la marche du 8 mai, Malaak donne une conférence de presse aux côtés de Julia Wright — fille du romancier afro-américain Richard Wright (Native Son). Sur son t-shirt : le portrait de son père Malcolm X.

Sa présence à Nantes n’est pas un hasard. Malcolm X lui-même faisait le lien entre la traite négrière transatlantique et l’oppression contemporaine des Noirs américains dans ses discours. Pour Malaak, marcher à Nantes c’est continuer ce fil — relier l’Afrique, les Caraïbes, l’Amérique et la France dans une même mémoire et un même combat.


Paris 2015 — La Sorbonne et le Black History Month

Quatre ans après Nantes, Malaak revient en France à l’invitation du CRAN pour le Black History Month, du 9 au 15 février 2015 — 50 ans jour pour jour après l’assassinat de son père.

Son programme à Paris :

  • Conférence de presse au Parvis du Panthéon
  • Visite guidée du Paris Noir
  • Conférence-débat à La Sorbonne sur le racisme
  • Conférence à La Bellevilloise sur l’héritage de Malcolm X

Elle y prononce cette citation publiée par France 24 :

« Franchement, je ne pense pas que les choses seraient aussi mauvaises s’il était encore en vie. Il était un défenseur dans chaque pays. Je pense qu’aujourd’hui, il serait le Mandela, le Kofi Annan, que l’on appelle. »

Et sur les réparations de l’esclavage :

« Les pays qui se sont partagé les colonies en Afrique doivent payer la réparation. Il faut constituer des ‘class action’ pour obtenir réparation. La banque Barclays, par exemple, a tiré des bénéfices non négligeables de l’esclavage. »


São Paulo, Brésil

Elle intervient au Séminaire Jeunesse Noire organisé par la ville de São Paulo, aux côtés du rappeur Dexter, sur la violence raciale et la situation des jeunes Noirs au Brésil.

Genève

Invitée à la 16e Session du Groupe de Travail sur les Personnes d’Ascendance Africaine des Nations Unies.

Espagne, 2015

Participation au XIXe Congrès International d’Art Rupestre IFRAO à Cáceres.

La mort de sa jumelle Malikah — une perte déchirée

Le 22 novembre 2021, Malaak perd sa sœur jumelle Malikah, retrouvée sans vie dans son appartement de Brooklyn. Elles avaient 56 ans.

Naître ensemble, grandir ensemble sans père, perdre leur mère ensemble en 1997, puis être séparées par la mort — le destin de ces deux jumelles est l’une des histoires les plus poignantes de toute cette saga familiale.

Malaak continue seule le combat qu’elles menaient ensemble.

Le procès de 100 millions — la bataille finale

En novembre 2024, Malaak est l’une des initiatrices du procès historique de 100 millions de dollars contre le FBI, la CIA et le NYPD pour leur rôle dans l’assassinat de son père.

Ce procès n’est pas pour Malaak une affaire judiciaire ordinaire. C’est la continuation logique de 29 ans de travail onusien : forcer les institutions mondiales à rendre des comptes sur les violations des droits humains.

« La poursuite de cette affaire démontre l’engagement indéfectible des filles Shabazz envers les principes pour lesquels leur père s’est battu — la vérité, la responsabilité et le démantèlement de l’injustice systémique. »

Conclusion — La dernière née, la plus mondiale

Malaak Shabazz n’a jamais vu son père. Elle est née dans le deuil et a grandi dans l’héritage. Mais elle a fait de cet héritage quelque chose de concret, de mesurable, d’international.

Quand Malcolm X disait dans ses discours que la lutte des Noirs américains devait être portée devant les Nations Unies, il imaginait peut-être une figure comme sa propre fille — qui passerait 29 ans à faire exactement ça.

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